Cote d'Ivoire:Sory Diabaté (Pdt. de la Ligue Professionnelle) : "Il faut 150 millions pour démarrer le championnat"

Publié le par Giovani

Nobilo--4---Large-.jpgFif - La crise socio-politique qui secoue la Côte d’Ivoire a des répercussions dans le milieu du football. Pour ceux qui en doutent encore, le Président de la Ligue Professionnelle, Sory Diabaté, évoque des difficultés d’ordre pratique liées à la mobilisation de fonds et au souci sécuritaire qui plombent le démarrage du championnat de Ligue 1.

Président, le démarrage du championnat de la Ligue 1 prévu le 5 mars vient d’être reporté à une date ultérieure pour des raisons d’ordre financier et sécuritaire liées à la situation socio-politique que traverse le pays. Il y a-t-il d’autres raisons qui expliquent ce report ?

Il n’y a pas d’autres raisons en dehors des deux raisons que vous venez d’évoquer.
La première raison est d’ordre financier. En effet, avant le démarrage du championnat, la Fédération et la Ligue Professionnelle (LP) apportent un appui financier aux clubs. Cette année, il a été décidé de mettre à la disposition des clubs la somme de 3.800.000 F.CFA par club et par mois. En ce qui concerne la Ligue 1 (14 clubs), cela fait un total de 53,2 millions à débourser. Pour le championnat de Ligue 2 qui devait démarrer le 12 mars prochain avec 24 clubs, il fallait payer 24 millions de F.CFA, soit un million par club et par mois. Pour la D3, nous avons 38 millions à payer. En ajoutant les frais d’organisation des différents championnats, l’enveloppe globale à réunir pendant le mois de mars s’élève à 150 millions de francs environ. Cela ne prend pas en compte l’aide financière que la Fédération apporte aux clubs engagés en compétitions africaines. Ainsi, nous avons déjà payé 80 millions de F.CFA. Soit 50 millions pour les deux clubs engagés en Ligue des Champions et 30 millions pour les deux clubs engagés en Coupe de la Confédération. Il faut y ajouter également une aide de cinq millions par club et par tour éliminatoire. Malheureusement, à cause des difficultés du moment, cette somme n’a pu être encore payée mais cela se fera en début de semaine prochaine. En somme, face à la situation de crise que connaît le pays, il est difficile de mobiliser une somme aussi importante pour démarrer les différents championnats
La deuxième raison est d’ordre sécuritaire. Les clubs nous ont fait savoir qu’ils ont connu beaucoup de difficultés pour assurer les séances d’entraînement parce que les déplacements des populations sont rendus difficiles par la crise. A près analyse de la situation, la LP, à la suite du Comité d’urgence de la Fédération, a proposé le report du championnat aux 14 clubs de Ligue 1 qui ont entériné à l’unanimité cette décision.

Dans quelle mesure la Ligue Professionnelle pourra-t-elle tenir ses engagements en matière de programmation et d’harmonisation du calendrier des compétitions aux plans national et international ?

Il est bon de savoir que la LP s’est donné un temps d’observation relativement à la suite des événements. Si la situation socio-politique s’améliore et que la Fédération rentre en possession de ses ressources financières, le championnat va démarrer. Les clubs seront informés deux semaines à l’avance afin de leur permettre de s’organiser.
Si nous arrivons à démarrer le championnat, les clubs ayant déjà été sensibilisés à faire des efforts, il faudra donc faire jouer des matches de championnat en semaine afin de rattraper le temps perdu. Il s’agira de mettre tout en œuvre afin que le championnat s’achève en août ou au plus tard en septembre 2011. Cela donnerait donc deux mois de repos (octobre-novembre) et nous pourront démarrer la saison 2011-2012 au mois de décembre. Ce qui nous permettra de terminer la saison en août 2012 et de nous accorder au calendrier européen, comme la CAF nous le conseille vivement. C’est un cas de figure qui bénéficiera au football local à cause de l’harmonisation des périodes de transferts qui permet ainsi d’éviter les départs de joueurs en plein championnat ivoirien. C’est aussi un avantage pour l’équipe nationale locale qui participe au CHAN parce qu’à l’avenir, cette compétition se situera à mi-parcours de la saison qui va débuter en octobre ou novembre, donc avec des joueurs en jambe.

Sans occulter les raisons conjoncturelles défavorables qui sont avérées, l’évocation de l’origine structurelle de ce report est-elle fondée ? Notamment, en ce qui concerne le volet du financement.

Ce sont des difficultés d’ordre pratique qui expliquent le report du démarrage du championnat de Ligue 1. Cette saison, ce championnat n’a pas de sponsor et la Fédération s’est résolue à le financer sur ses ressources propres. Notamment, les ressources provenant de notre dernière participation à la Coupe du Monde et des sponsors de l’équipe nationale A. La Fédération n’ayant pas encore disposé de la manne financière du Mondial 2010 et face aux difficultés rencontrées par les sponsors de l’équipe nationale A à cause de la crise socio-politique, il est difficile de commencer le championnat en l’absence de fonds.

Qu’en est-il du financement de la participation des clubs ivoiriens engagés en compétitions africaines interclubs pour l’année 2011 ?

Depuis de nombreuses années, l’Etat de Côte d’Ivoire a décidé de prendre en charge certains frais liés à la participation des clubs engagés en compétitions africaines. Quand cette décision a été prise, il y a une vingtaine d’années, la Côte d’Ivoire n’avait que deux représentants. Aujourd’hui, il y a quatre clubs ivoiriens engagés. L’Etat de Côte d’Ivoire fait donc des efforts et cela est à saluer. Les efforts de l’Etat consistent au paiement des billets d’avion des équipes ivoiriennes en déplacement ainsi que ceux des officiels (commissaires au match, arbitres) désignés pour les matchs programmés en territoire ivoirien, au paiement des per diem de ces officiels et à assurer l’hébergement et le transport des équipes qui sont reçues en Côte d’Ivoire.
Pour le premier tour des compétitions africaines interclubs, nous avons reçu un courrier de l’Office National des Sports (ONS) nous informant que cette structure étatique était dans l’incapacité de prendre en charge l’ensemble de ces charges. Devant une telle situation, nous avons trouvé des solutions en rapport avec la tutelle et l’ONS. Ainsi, le Ministère a pu prendre en charge les billets d’avion et l’hébergement des clubs visiteurs. Mais la Fédération est venue en soutien à l’ONS. Si bien qu’au premier tour, pour les matchs aller et retour, la Fédération a préfinancé à hauteur de 28,9 millions F.CFA. Logiquement, l’ONS devrait rembourser cette somme à la Fédération parce que celle-ci estime que nos représentants doivent être dans les meilleures conditions possibles.
Il est aussi bon de savoir que l’organisation de ces matchs est du ressort de l’ONS. La Fédération vient en appui à l’ONS seulement au plan technique. Nous avons pu lire dans la presse que la Fédération n’a pu assurer les frais de bar pour l’un de ces matchs. Ce n’est pas vrai. Pour votre gouverne, c’est une disposition qui se prend lors de la réunion technique du match. Dans le cas d’espèce, il a été convenu de prélever les frais de bar sur les recettes du match. D’ailleurs, il en a été ainsi pour le match de l’Africa Sports qui a généré une recette de 593.000 francs. Sur cette somme, le Comité d’organisation a pu prélever 50.000 F.CFA pour payer les frais de bar. En ce qui concerne le match de la JCA-T, les recettes se sont élevées à 58.500 francs. Après avoir prélevé les premiers frais liés à l’organisation, il ne restait plus grand’chose pour couvrir les frais de bar. C’est ainsi que le Comité d’organisation a donné 8.000 francs pour les frais de bar. Donc cela n’a rien à voir avec le fait que la Fédération n’en a pas les moyens.
La Fédération s’est engagée à soutenir les clubs engagés en compétitions africaines et elle continuera de le faire (…).

Interview réalisée par Eric KACOU
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Publié dans SPORT

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