Le coup d'Etat pourrait favoriser la démocratie au Niger
Le putsch militaire contre le président nigérien Mamadou Tandja a suscité, sans surprise, la réprobation internationale, mais, paradoxalement, son éviction pourrait favoriser le retour à la démocratie dans l'ex-colonie française riche en uranium.Lire la suite l'article
Les tensions politiques s'avivaient au Niger depuis que cet ancien colonel de 72 ans élu en 1999, qui aurait dû quitter le pouvoir en décembre au terme de son second quinquennat, avait fait modifier la Constitution pour se maintenir au pouvoir.
Ce "coup d'Etat constitutionnel" opéré au nom de la volonté du peuple avait de facto reporté d'au moins trois ans un scrutin présidentiel prévu cette année. Les militaires qui l'ont écarté se réclament d'un Conseil militaire "pour le rétablissement de la démocratie" (CSRD).
Leur putsch a été condamné par la France et l'Union africaine a annoncé son intention de suspendre le Niger mais, pour certains analystes, "c'est un cas où on peut se demander s'il n'existe pas des bons coups d'Etat".
Si la communauté internationale s'est gardée d'avaliser le coup de force des militaires contre le palais présidentiel, qui a fait quelques morts jeudi à Niamey, elle en a profité pour évoquer l'avenir politique d'un pays dont les richesses ont attiré des milliards de dollars d'investissements étrangers.
La France a rappelé ainsi sa condamnation de "toute prise de pouvoir par des voies non constitutionnelles", tout en engageant "tous les acteurs nigériens, y compris les forces armées, à trouver par le dialogue et dans les meilleurs délais une solution à la crise constitutionnelle".
"DOUX-AMER"
Washington a adopté une position comparable. "Nous ne défendons nullement, en aucune manière et sous aucune forme, une violence de cette nature, mais nous estimons clairement que ceci souligne la nécessité pour le Niger d'aller vers les élections et la formation d'un nouveau gouvernement", a dit le département d'Etat.
La junte militaire a suspendu la Constitution et dissous toutes les institutions nigériennes. On ignore si le CSRD va chercher à consolider son pouvoir ou s'il va tenter de s'attirer les bonnes grâces de la communauté internationale en empruntant le chemin du retour à un régime démocratique civil.
"Pour le moment, nous en sommes au point de départ", a déclaré le chef de la junte, Salou Djibo, en annonçant vendredi la création d'un "conseil consultatif" pour discuter de l'avenir du pays. Il n'a pas fait allusion à un calendrier électoral.
Sa prochaine initiative est guettée avec attention par la communauté internationale, qui note que, selon des sources militaires, deux membres important du CSRD avaient déjà joué un rôle clé dans le coup d'Etat de 1999, qui avait ouvert la voie à l'élection libre et honnête de Tandja.
De plus, l'armée du Niger est considérée comme disciplinée et, donc, plus susceptible de restituer le pouvoir aux civils que d'autres régimes militaires d'Afrique de l'Ouest comme la Guinée, où le capitaine Moussa Dadis Camara a pris le pouvoir en décembre 2008.
"C'est doux-amer. C'est ennuyeux d'avoir un coup d'Etat, mais si c'est une étape à court terme vers des élections, c'est acceptable", estime un analyste.
Marc Delteil pour le service français